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Notre nouvelle rubrique "des clés pour comprendre".

Les difficultés de réunions publiques en raison de la crise sanitaire et les craintes de certains de nos adhérents qui ne suivent plus, entre autres activités de la SLA, les animations mensuelles de la section des Arts, Lettres et Musique (qui, elles, se poursuivent néanmoins pour le petit comité d’adhérents qui continuent à les fréquenter), font que nous ajouterons sur ce site, dans la  mesure où nous trouverons des avis compétents à y publier, cette nouvelle rubrique : « Des clés pour comprendre » sur les racines historiques de problèmes actuels de société.

Nous avons sollicité Michel Caillard qui avait présenté au Mois des Lettres et des Arts 2020 de la SLA une projection conférence sur le Mali, pour qu’il nous autorise à publier un résumé de cette conférence sur les origines de la situation actuelle dans ce pays.

Ancien journaliste, ancien coopérant dans cette région d’Afrique Occidentale, il nous a proposé deux textes et des photos grâce auxquels on saisira mieux la réalité très complexe du Mali.

Nous le remercions vivement pour ce travail.

Nous publions son premier texte : " La colonisation de l'Afrique Occidentale(1)"

 

La colonisation de l’Afrique Occidentale (1)

Faidherbe installe la France au Sénégal

             Les Français sont arrivés au Sénégal très tôt : le premier comptoir de l’île de Gorée a été fondé au début du XVIIème siècle. Pendant deux siècles, la présence occidentale et française en Afrique de l'Ouest est uniquement commerciale. Les navigateurs achètent des produits africains, comme la gomme arabique, des peaux, de l'ivoire, mais, hélas aussi, des esclaves qu'ils transportent dans des conditions inhumaines de l'autre côté de l'Océan atlantique. Cette époque précède la colonisation effective qui aura lieu au milieu du XIXème siècle.

            La présence française au-delà de la côte commence avec Louis Faidherbe au XIXème siècle. Saint-Simonien, partisan d'un socialisme planificateur, franc-maçon, ami de Victor Schoelcher, donc partisan de l'abolition de l’esclavage, Louis Faidherbe est un pur produit de la méritocratie républicaine. Il est né à Lille en 1818 dans une famille modeste de cinq enfants. Il commence sa carrière militaire en Algérie comme beaucoup de militaires français de l'époque. Il s'y distingue par son courage et ses qualités d’homme de terrain.

            Deux ans après son arrivée au Sénégal en 1852, Faidherbe est promu lieutenant-colonel. Il est d'abord chargé d'assurer la sécurité de la petite colonie et surtout la bonne circulation des marchandises sur le fleuve Sénégal.

            Il s'impose aux chefs noirs du sud du fleuve puis aux populations maures implantées au nord. Partisans de la vieille devise, « diviser pour régner », il s'allie aux premiers pour combattre les seconds.

            Avec une troupe de mille à deux mille hommes, il frappe l'adversaire au cœur et détruit des fortifications appelées « tatas ».

            En 1854, il est chargé de désarmer des habitants qui ont pris un officier en otage à proximité du fort de Podor. La bataille est particulièrement difficile : sur six cents combattants français cent-soixante-quinze perdent la vie. Néanmoins, la victoire finale incite le Ministre de la Marine, Théodore Ducos, à nommer Faidherbe gouverneur du Sénégal à trente-six ans !

                 

                                                                   Carte de l’Afrique orientale en 1890

 

 Face au djihadisme peul

             Son adversaire le plus coriace est El Hadj Omar, un Peul Toucouleur, né à Podor, dans le Fouta Toro. Omar Tall (c'était son nom avant son pèlerinage à La Mecque) reçoit une éducation religieuse solide dans sa famille. Il voyage également beaucoup. Il se rend notamment dans le delta intérieur du Niger, le Macina.

            Cette région est placée sous l'autorité d'un autre Peul, Cheikou Amadou, qui a réussi à vaincre une armée bambara animiste.

            Les Peuls islamisés sont essentiellement des soufis, musulmans qui ont une conception mystique, voire ésotérique, de leur pratique religieuse. Ce mysticisme ne les empêche pas de faire le djihad, la guerre sainte contre le kafir, le mécréant.   

            A l'époque, comme aujourd'hui, les soufis sont observés d'un œil soupçonneux par les musulmans sunnites, courant majoritaire, car ils pratiquent une sorte de culte des saints. Ils pensent que pour progresser dans sa foi, le croyant doit entrer en communion avec Dieu par l'intermédiaire d'un « wali », un saint homme.

            El Hadj Omar est issu d'une population acquise à la confrérie Khadriya, la plus ancienne et la plus aristocratique. Mais au cours de son pèlerinage à La Mecque, il change de confrérie en rencontrant un calife qui le nomme délégué de la Tidjaniya dans le Soudan.

            Peu à peu ses convictions religieuses l'incitent à faire la guerre sainte afin de convertir les populations animistes. Il achète des armes aux Britanniques qui font du commerce en Sierra-Leone, armes qu'il paie en faisant le commerce des esclaves. Il peut alors s'attaquer aux animistes. En 1820, il décide de s'installer avec sa communauté en pays païen dans la région du Haut-Niger, connue, depuis des siècles, pour son or. Ce déménagement avec une armée de trente mille hommes inquiète les populations animistes mais aussi les autres musulmans.

            En Sénégambie, les Français profitent de l'avancée du leader peul et de la crainte qu'elle suscite pour obtenir des populations riveraines du Sénégal, souvent animistes, l'autorisation de construire de nouveaux forts au bord du fleuve ou de renforcer ceux qui existent, comme Podor ou Médine.

            C'est justement devant Médine que qu’El Hadj Omar s'attaque aux Français en 1857. Le capitaine Holl, un métis, voit une troupe fanatisée assaillir la forteresse. Sa garnison ne se compose que de soixante-trois soldats.

            Pas question pour Faidherbe de rester sans réagir. Le 2 juillet, il remonte le fleuve sur un aviso (petit navire de guerre) avec quatre-vingts hommes de troupe. 

            Les Toucouleurs se retrouvent en position inconfortable, pris en tenaille entre les assiégés du capitaine Holl et les hommes de Faidherbe qui se battent comme de beaux diables. Faidherbe est légèrement blessé à la main.

            Les vingt mille hommes de l'armée toucouleurs sont contraints de se retirer.

  Faidherbe crée le corps des tirailleurs

      Pour dominer la vallée du Sénégal, Faidherbe s’appuie sur les escales fortifiées du fleuve. Il les relie entre elles et les ravitaille avec des navires à vapeur.

     Louis Faidherbe est aussi célèbre pour la création du corps de tirailleurs sénégalais, constitué de militaires indigènes, le 21 juillet 1857.

 

     Jusqu'en 1905, les régiments de tirailleurs sont constitués d'esclaves affranchis rachetés par les Français à leurs maîtres africains.       

            Les effectifs sont progressivement renforcés par des prisonniers de guerre et des volontaires. Ces soldats africains vont devenir très célèbres non seulement à cause des boîtes de chocolat Banania mais surtout en raison de leur courage reconnu par tous. Ils se sont battus dans des conditions difficiles en France, pendant la première guerre mondiale.

           La création du corps des tirailleurs sénégalais va permettre aux militaires français de conquérir le territoire sénégalais et malien avec très peu d'hommes. Ce sont ces soldats indigènes, majoritaires dans l'armée coloniale, qui ont permis la conquête l’Afrique occidentale française.

            Après son revers devant le fort de Médine, El Hadj Omar se tourne alors vers des territoires situés plus à l'est. En quittant le Haut Sénégal, ses partisans, laissent derrière eux un pays dévasté, plongé dans la famine par la politique de la terre brûlée. C'est tout bénéfice pour les Français qui occupent ces régions en passant pour des sauveurs.

            El Hadj Omar assure ses arrières en signant avec Faidherbe un traité de renonciation au Sénégal. Il regagne Nioro puis s'élance vers le Niger descendant la vallée d'amont en aval, enlevant plusieurs villes avant de parvenir en 1860 à Ségou. Là-bas, il ne s'embarrasse pas de scrupules : il exécute le dernier roi bambara de religion animiste de Ségou.

            Il s'en prend ensuite au cheikh Amadou, roi peul du Macina, musulman comme lui, sous prétexte qu'il a refusé de l'aider à Médine. Il continue ses conquêtes jusqu'à Tombouctou où il parvient en 1862.

            Vieillissant, âgé de soixante-cinq ans, El Hadj Omar éprouve des difficultés à mettre de l'ordre dans son empire. Les animistes bambaras, alliés aux Peuls du Macina, lui font une guérilla permanente. A bout de forces, il meurt accidentellement dans une grotte de la falaise de Bandiagara près de Mopti.

            Après sa mort, son fils, Ahmadou, hérite de l'empire. C'est un homme cultivé, « de caractère secret et porté au compromis ».

            Pendant ses dix années de présence au Sénégal, Faidherbe organise et agrandit la colonie. Il ajoute la culture de l'arachide à celle de la gomme arabique, crée le port de Dakar. Son ambition a toujours été de favoriser la conquête vers l'est, en direction de la vallée du Niger.

            Ce n'est que dans les années 1880, vingt ans plus tard, sous la IIIème République, que se déroulera la conquête du Soudan préparée par Faidherbe.

 

 

Prochain texte à suivre : La Colonisation de l’Afrique Occidentale (2)

 

 

 


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