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La colonisation de l'Afrique occidentale - Le Mali

Nous publions le second et dernier texte de Michel Caillard sur le Mali : " La colonisation de l'Afrique Occidentale".

 

 La colonisation de l’Afrique occidentale (2)

La conquête de l’ex-Soudan colonial français - aujourd’hui Mali - ; le travail forcé...

             Faidherbe est le principal conquérant du Sénégal au 19e siècle. Il s’oppose au djihadiste peul El Hadj Omar en créant le corps de tirailleurs sénégalais constitué en majorité d’anciens esclaves animistes. A la mort d’El Hadj Omar en 1864, c’est son fils Ahmadou qui hérite d’un empire dispersé. Ce n'est que dans les années 1880, près de vingt ans plus tard, sous la IIIème République, que se déroulera la conquête du Soudan, préparée par Faidherbe.

            Les Français souhaitent construire une ligne de chemin de fer et pouvoir naviguer sur le Niger. Une perspective qu'Ahmadou, fils d’El Hadj Omar, redoute car il connaît la puissance de feu des avisos. Les deux parties arrivent à un accord, appelé traité de Mango, en 1880.

            Les Français commencent à envahir l'empire toucouleur l'année suivante. En même temps, ils lancent les premiers travaux de construction de la ligne de chemin de fer, renforcent les postes militaires. En février 1883, Bamako est conquise. Les canonnières circulent sur le fleuve Niger, l'année suivante.

            Ahmadou ne réagit pas tout de suite, ayant d'autres chats à fouetter. Il fait le siège de Nioro, la capitale de Kaarta, où son frère le roi Moutaga a des velléités d'indépendance. Il doit aussi contenir le mécontentement de ses sujets bambaras, des animistes qui ne reconaissent pas son autorité. 

            Menacé par l'avance française, Ahmadou abandonne ses fiefs, un par un. Avec lui, les autorités françaises jouent double jeu. Officiellement, on ne lui cherche pas querelle, mais dans les faits, on favorise les mouvements d'hostilité que ses frères lui manifestent.

            Lorsqu'il voit que les Français réussissent à acheminer une canonnière à vapeur en pièces détachées de Kayes à Bamako, son sang ne fait qu'un tour. « Tu es un oppresseur et un faiseur de tort », dit-il à un officier français.

            Ses craintes se précisent lorsque la canonnière Le Niger se rapproche de sa capitale Ségou.

 

Louis Archinard, l’officier ambitieux

         

             A l'époque, Ahmadou va devoir faire face à un militaire des plus tenaces, Louis Archinard. Originaire de Havre, ce fils d'instituteur protestant, est un ambitieux. Après de bonnes études, il fait Polytechnique dont il sort ingénieur dans l'infanterie de marine, le régiment d'élite des militaires coloniaux.

            Son épopée africaine commence quand le commandant Borgnis-Desbordes, officier de l'artillerie de marine, lui demande de le suivre au Sénégal. Sa mission : effectuer des études et des travaux dans le Haut-Niger et combattre les populations hostiles aux Français.

            Archinard, arrivé en octobre 1880 à Saint-Louis, va être l'artisan de la conquête du Mali (nom d’un ancien empire africain au XIIIème siècle , donné depuis l’Indépendance à cette région du Haut-Sénégal-Niger devenue sous la colonisation le Soudan français). Ses troupes coloniales sont ralenties par l'opposition des populations peules ou bambaras qui refusent les laisser passer. C'est ainsi que Français et tirailleurs attaquent le village de Goubanko. Les canons font d'énormes brèches dans les murs du village. On met le feu aux cases. La cavalerie poursuit les fuyards. L'assaut fait trois cents morts sur cinq mille habitants. Il y a dix-sept morts côté français, plus de deux cents parmi les tirailleurs sénégalais. Ce sont toujours ceux-ci qui paient l’addition au prix fort.

            Après avoir effectué des travaux dans le fort de Kita, Archinard repart en métropole. Il revient au Soudan quelques années plus tard en 1888.

           Le Ministre des Colonies souhaite qu'on arrête la guerre et que la région entre dans une période d'apaisement et de développement économique. Archinard n'est pas sur la même longueur d'onde. Il n’est pas question pour lui de déposer les armes.

            Le 15 février, il prend la tête d'une colonne qui se dirige vers Koudian. Il investit la localité au prix de nombreuses pertes. Placé devant le fait accompli, Ahmadou ne réagit pas tout de suite. La troupe française continue son chemin et se dirige vers Ségou. Elle s'attaque d'abord à la ville de Niamina, en aval de Bamako.

            Avant de combattre les occupants, Ahmadou souhaite obtenir le soutien des autres chefs musulmans. Cette alliance ne se fait pas. En revanche, les Français obtiennent un accord secret avec les chefs bambaras animistes. Archinard est prêt à entrer en action. Il provoque le chef toucouleur en exigeant l'annexion d'une ville.

            L'assaut de Ségou a lieu en février 1890 avec l'aide de deux mille deux cents guerriers bambaras. La cité se rend le 6 avril.  Sept mille Toucouleurs sont chassés de la ville. Un chef bambara est reconnu roi de Ségou. « Ségou tombe presque sans combat, mais la ville est dévastée en partie par les auxiliaires. Les officiers et les soldats se partagent les femmes ».

            Archinard est victorieux mais il n'a pas réussi à obtenir la capitulation d'Ahmadou.  L'officier décide alors de démembrer l'empire toucouleur en attribuant les régions conquises à des alliés africains. Les Français prennent Nioro mais sans empêcher Ahmadou de rejoindre le Macina en passant par la Mauritanie. Malgré les ordres de Paris, Archinard continue sur sa lancée en poursuivant le chef peul.

            Ahmadou doit abandonner Bandiagara en 1893. Il réussit à se rendre à Sokoto, ville située dans le nord de l'actuel Nigéria où il mourra en 1898.

 

En France, la colonisation fait débat

            Archinard va payer cher son indiscipline, notamment sa décision d'attaquer Ahmadou sans l'autorisation de son ministre de tutelle. En 1893, il doit regagner la métropole.

            Le Ministre Théophile Delcassé nomme Albert Grodet, un civil, à la tête du Soudan. Les militaires sont hors jeu. C'est ce que les historiens appellent « la victoire du commerce sur le sabre ». En métropole, où les opinions sont partagées, les récits des brutalités des militaires français, appelés « les Soudanais » commencent à transpirer dans la presse. L'armée n'a pas bonne réputation.

            Le lieutenant de vaisseau Boiteux continue la conquête. Il appareille avec deux avisos pour Tombouctou. En décembre 1893, il est pris dans une embuscade tendue par les Touaregs. Il perd un officier et une quinzaine d'hommes.

            Deux colonnes de secours sont organisées pour lui venir en aide, l'une sous les ordres du lieutenant-colonel Bonnier, l'autre dirigée par le commandant Joffre.

            Quelques jours plus tard, en tentant de retrouver les Touaregs, Eugène Bonnier est attaqué par cent cinquante cavaliers et deux cents fantassins. Il est tué ainsi que treize soldats français et soixante-cinq Africains.

            Ces défaites font scandale en métropole.

            A Tombouctou, le commandant Joffre rétablit la situation en infligeant de lourdes pertes aux Touaregs, en janvier 1896. Une victoire difficile : cent-trente hommes des troupes coloniales y perdent la vie.

            Le 16 juin 1895, le gouvernement décide la création d'un gouvernement général de l'Afrique Occidentale Français (AOF), avec Dakar comme capitale.

 

Samori, le Napoléon africain

             On ne peut pas parler de la résistance africaine à la colonisation sans dire quelques mots sur le personnage exceptionnel de Samori Touré, surnommé le « Napoléon africain ». Pendant treize ans, cet homme imposant, aussi intelligent qu’intraitable envers les Africains qui ne le suivent pas, réussit à tenir les envahisseurs en échec.

             Son origine ethnique est Dioula. Les Dioulas sont des commerçants nés, que l'on rencontre aujourd'hui encore dans toute l'Afrique de l'Ouest.

             Vingt ans de batailles permettent à Samori de créer un royaume puissant, le Wassoulou. Il y organise une administration centralisée et un système d'impôt performant.

            Excellent militaire, il met sur pied une armée solide qu'il arme grâce à des fusils anglais achetés en Sierra Leone. Il paie ses armes en vendant des esclaves.

            Pour Samori, la situation se dégrade en 1891 lorsqu’Archinard attaque Kankan au nord du Wassoulou. Samori résiste pendant six ans. Il pratique la politique de la terre brûlée devant les Français. Il réussit à conquérir de nouvelles régions à l'est en razziant et en massacrant sans pitié.

            En 1884, il revendique l'autorité de l'Islam, prend le titre d'imam. Il doit faire face à des révoltes de populations animistes lassées par ses guerres incessantes.

            En 1892, il part fonder un nouvel en empire dans le nord de la Côte-d'Ivoire près de la ville de Kong ; ville qu'il détruit en 1895. Il reproche aux habitants de s'être alliés aux Français.

            Il sera capturé par le colonel Gouraud, en 1898, en Côte-d'Ivoire. Exilé au Gabon, il décédera deux ans plus tard d'une pneumonie.

            Aujourd'hui encore, Samori Touré est considéré dans toute l'Afrique de l'Ouest comme le grand résistant à la colonisation française. Sa capture marque la fin de l'offensive militaire au Mali, même si d'autres affrontements vont encore avoir lieu.

            Peu à peu, la colonie s'organise. En 1908, les autorités administratives s'installent à Bamako.

            Le 4 décembre 1920, un décret donne à la colonie du Haut-Sénégal-Niger le nom de Soudan français, Soudan signifiant « pays des Noirs » en arabe. Le territoire gardera ce nom jusqu'à son indépendance, le 22 septembre 1960. Il prendra alors le nom de Mali, en mémoire de l'empire fondé au XIIIème siècle.

 

 Le travail forcé, autre forme d’esclavage

             Que peut-on dire du bilan économique de la colonisation ? Il divise les Français encore aujourd'hui. Ce bilan n'est pas le même dans une colonie de peuplement comme l'Algérie et une colonie de traite comme le Sénégal ou le Mali.

            Dans une économie de traite les marchandises européennes sont surévaluées et les produits africains sous-payés avec des tarifs de douane très variés et encadrés.

            Avant la Première guerre mondiale, les grandes sociétés commerciales établies au Sénégal et au Mali font des marges bénéficiaires très confortables.  Elles gagnent beaucoup d'argent et en dépensent très peu.

            Quant aux marchandises importées elles sont souvent chères et de médiocre qualité.

            L'impôt de capitation, (appliqué par tête, à toute la population) représente avec les recettes douanières, le principal financement des colonies.

           Contrairement à ce qu'on pense en métropole, l'Afrique Occidentale Française n'est pas loin de s'autofinancer.  Les investissements de capitaux se sont faits du point de vue européen. Ils prennent en compte les besoins de l'Europe et non les besoins locaux. Un exemple : on favorise les cultures d’exportation comme le coton, le riz ou l'arachide, pas les cultures vivrières : le mil, le sorgho...

           Les infrastructures (routes, lignes de chemins de fer, ports...) sont prévues pour acheminer les produits d'exportation vers les côtes maritimes. Elles ne sont pas conçues pour soutenir le développement d'une économie qui répondrait aux besoins locaux.

            L'autre plaie de la colonisation, c'est le travail forcé auquel doivent se soumettre les Africains. Le journaliste Albert Londres qui a publié une série d'articles sur l'AOF dans le Petit Parisien, en 1927, s'indigne en déplorant que l'Africain soit transformé en « moteur à bananes ».

            « Un système juridique se met en place, conforté par les théories racistes », explique un historien africain. « On refuse aux Africains les droits des citoyens européens et notamment celui de mettre leur force de travail sur un marché libre. A ces indigènes, on va pouvoir imposer un travail obligatoire ».

             Un exemple. Dans les années 1920, la construction du canal de Sansanding monopolisera deux mille à deux mille cinq cents travailleurs noirs douze heures par jour, sept jours sur sept. La première année, 24% des hommes réquisitionnés font défaut pour cause de désertion, d'invalidité ou de décès. La seconde année les abandons de postes montent à 69 %.

            En fait, le travail forcé n'est pas très différent de l'esclavage dénoncé par tout le monde et même par des militaires comme Faidherbe.

          « Juridiquement, les statuts sont différents », analyse un historien africain. « L’esclave est le bien de son maître. Le travailleur forcé, lui, reste libre en droit. Cela dit, dans les faits, les travailleurs forcés sont réquisitionnés et maintenus au travail sous la contrainte. Ils ne touchent aucun salaire et doivent être nourris par les populations des villages qu’ils traversent ».

 

 Travail forcé près de Kayes   

Creusement d'un canal près de Tombouctou

La capture de Samori en Côte d'Ivoire

La société coloniale au Soudan-Bamako                         

 

 

 

 

 


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